Michael voulait me voir à son tour.
Il a insisté pour venir seul.
Nous nous sommes rencontrés dans la bibliothèque municipale.
Je lui avais proposé un endroit où nous pouvions parler sans nous interrompre.
Il est arrivé avec dix minutes de retard.
Il portait ses vêtements de travail.
Une tache de peinture blanche marquait sa manche.
Je me suis souvenue du petit garçon qui voulait réparer les chaises avec Richard.
« Alors, maman. Tu nous fais passer pour des monstres ? »
« Non. »
« Tu as mis un garde devant ta maison. »
« J’avais dit que vous ne deviez pas venir. »
Il a regardé ses mains.
« On a paniqué. »
J’ai attendu.
« Jennifer pensait que tu étais influencée par quelqu’un. »
« Par qui ? »
« Ton avocat. Ton amie Ruth. »
« Ils ne me donnent pas d’ordres. »
Michael a parlé de Richard.
De sa mort.
De la façon dont il avait appris à ne pas montrer la peur.
Je l’ai laissé aller jusqu’au bout.
Puis je lui ai demandé pourquoi il ne s’était pas déplacé après mon hospitalisation.
« J’avais un chantier à finir. »
« Tu avais six heures pour répondre à mon message. »
Il a rougi.
« Je croyais que c’était une fausse alerte. »
« Tu ne le savais pas. »
« Non. »
Il a eu l’air plus fatigué.
J’ai sorti un carnet de mon sac.
Je lui ai montré les noms de mes contacts d’urgence.
Le sien figurait encore dans la rubrique famille.
Mais ce n’était plus à lui que revenaient certaines décisions prévues par mes documents.
Il a relevé la tête.
« Qui t’aidera pour les papiers ? »
« Thomas, Ruth, et les professionnels que j’ai choisis. »
« Tu ne me fais plus confiance ? »
J’ai fermé le carnet.
« Je ne t’ai pas appelé pour signer des papiers quand j’étais à l’hôpital. Je t’ai appelé parce que j’avais peur. »
Michael s’est adossé à sa chaise.
Il a mis longtemps à répondre.
« Je sais que j’ai mal réagi. »
Je l'ai laissé finir.
« Mais je ne voulais pas que tu me demandes de venir tout le temps. »
« Tu pouvais me dire ce que tu pouvais faire. »
Il a murmuré :
« Je pensais qu’une fois que je répondrais, tu compterais sur moi pour tout. »
Je n’avais jamais entendu cette peur formulée aussi clairement.
Richard avait été le père qui savait réparer les moteurs et calmer les crises.
Michael avait peut-être cru qu’il devait prendre cette place.
Je ne lui avais pas demandé cela.
« Je ne cherche pas un nouveau Richard », ai-je dit.
« Je suis ta mère. Pas un problème que tu dois résoudre. »
Il a baissé les yeux.
Puis il a posé une question qui m’a glacée malgré moi.
« Et l’héritage ? »
Je lui ai demandé ce qu’il voulait savoir exactement.
Il s’est agité sur sa chaise.
« Est-ce que tu nous as retirés ? »
« Mes décisions financières sont privées. »
Il a secoué la tête.
« C’est donc ça. »
« Ce n’est pas une punition à négocier autour d’une table. »
Michael s’est levé.
J’ai cru qu’il partirait sans au revoir.
Mais il est resté près de la porte.
« Je ne sais pas comment te parler maintenant. »
« Commence par me parler de ta journée. »
Il a regardé sa manche tachée de peinture.
Puis, malgré lui, il a souri.
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Le jour où mes enfants ont franchi mon portail sans invitation, j’ai enfin refusé de céder
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