PARTIE 2 — Ce que Laura a découvert derrière la porte du cockpit

 

La porte du cockpit s’est refermée derrière Laura.

Le changement d’atmosphère fut immédiat.

Dans la cabine, les passagers n’avaient entendu que les annonces prudentes du commandant.

Ici, personne ne faisait semblant.

Le commandant Elias Moreno était pâle.

À côté de lui, le copilote, Nathan Cole, avait du mal à rester concentré après un problème médical soudain survenu quelques minutes plus tôt.

Mais ce n’était pas la seule urgence.

Moreno montra à Laura un écran secondaire.

« Nous avons perdu une partie de nos systèmes automatisés après une anomalie électrique. Les systèmes essentiels sont toujours là, mais nous avons besoin d’une personne expérimentée qui sache rester fonctionnelle dans une situation où l’automatisation n’est plus fiable. »

Laura fixa les indications.

Elle comprit alors pourquoi il avait demandé spécifiquement un ancien pilote de chasse.

Pas parce qu’elle allait prendre héroïquement les commandes d’un avion de ligne qu’elle n’avait jamais piloté.

Ce serait absurde.

Le commandant avait encore le contrôle.

Mais il avait besoin de quelqu’un capable de surveiller plusieurs informations à la fois, de communiquer clairement et de ne pas paniquer si d’autres systèmes tombaient en panne.

« Je peux vous assister », dit-elle.

Moreno hocha la tête.

Puis il ajouta :

« Il y a autre chose. »

Il lui tendit une feuille imprimée.

Laura la prit.

Et tout son corps se figea.

Le document venait d’un message transmis au cockpit peu après le décollage.

Une simple note opérationnelle.

Mais un nom apparaissait au bas.

Dr Samuel Vance.

Laura relut.

Une fois.

Deux fois.

« Où avez-vous eu ça ? »

Moreno fronça les sourcils.

« Le centre de coordination nous l’a envoyé. Ce monsieur est apparemment consultant sur le système concerné. »

Laura sentit sa gorge se nouer.

Samuel Vance était son frère.

Et il était mort six ans plus tôt.

Dans l’accident qui avait mis fin à sa carrière militaire.

« C’est impossible », murmura-t-elle.

Moreno la regarda.

« Vous le connaissez ? »

« C’était mon frère. »

Silence.

Nathan tourna lentement la tête.

Laura poursuivit :

« Il est mort en 2020. »

Moreno reprit la feuille.

Le message avait pourtant été enregistré ce soir-là.

Avec des identifiants techniques associés à une société appelée :

Asteron Flight Systems.

Laura connaissait aussi ce nom.

Trop bien.

Asteron avait développé un module expérimental évalué par l’armée plusieurs années auparavant.

Samuel travaillait sur la sécurité de ce programme.

Laura participait alors à certains essais en vol.

Puis était survenu l’accident.

Un appareil d’essai avait subi une défaillance.

Samuel, qui n’était pas dans l’avion mais travaillait au sol sur le programme, était mort quelques jours plus tard dans un autre incident routier alors qu’une enquête interne commençait.

À l’époque, tout avait été traité comme une terrible coïncidence.

Laura avait quitté l’armée peu après.

Elle n’avait plus jamais voulu entendre parler d’Asteron.

Et maintenant, six ans plus tard, le nom de son frère mort apparaissait dans un message technique envoyé à un avion au-dessus de l’Atlantique.

Moreno demanda :

« Est-ce que quelqu’un pourrait utiliser ses identifiants ? »

Laura fixa la feuille.

« Oui. »

Puis :

« Mais seulement quelqu’un qui aurait eu accès à ses anciens dossiers. »

Le commandant contacta immédiatement le centre de coordination pour signaler l’anomalie.

Laura, elle, continua d’aider à la gestion de la situation.

Pas de manœuvres spectaculaires.

Pas de miracle.

Seulement des décisions mesurées.

Le vol fut dérouté vers un aéroport capable de recevoir l’appareil dans de bonnes conditions.

Pendant près d’une heure, Laura resta dans le cockpit comme assistante supplémentaire.

Puis une nouvelle information arriva.

Le message attribué à Samuel ne provenait pas réellement d’Asteron.

Il avait été envoyé en utilisant des identifiants archivés depuis longtemps.

Quelqu’un avait volontairement choisi son nom.

Laura sentit une colère froide monter en elle.

« Quelqu’un savait que j’étais à bord. »

Moreno se tourna vers elle.

« Pourquoi dites-vous ça ? »

« Parce que si quelqu’un voulait simplement envoyer de fausses instructions, il y avait mille autres noms possibles. »

Elle désigna la feuille.

« Samuel Vance n’a de sens que pour une personne qui sait qui je suis. »

Le commandant ne répondit pas.

Puis un membre de l’équipage de cabine frappa à la porte.

Il apportait un message.

Un passager avait demandé à parler à Laura.

Il affirmait connaître Samuel.

Nom :

Dr Adrian Keller.

Laura sentit son estomac se contracter.

Adrian Keller.

Ancien directeur technique chez Asteron.

L’un des hommes interrogés après l’accident.

Et, à l’époque, celui qui avait affirmé que Samuel n’avait signalé aucun problème majeur avant sa mort.

Laura regarda Moreno.

« Où est-il assis ? »

« 22C. »

Laura ferma les yeux.

Donc Adrian Keller n’était pas simplement lié à son passé.

Il se trouvait sur le même vol.

Et il savait qu’elle était là.

Lorsqu’elle revint dans la cabine, les passagers la regardèrent comme si elle venait de sauver l’avion à elle seule.

Elle aurait voulu leur dire que ce n’était pas vrai.

Que l’équipage faisait son travail.

Qu’elle n’était qu’une paire d’yeux et une voix supplémentaire dans un moment difficile.

Mais elle n’avait pas le temps.

Au siège 22C, un homme aux cheveux gris l’attendait.

Adrian Keller se leva.

Il avait vieilli.

Mais Laura reconnut immédiatement son regard.

« Laura. »

Elle s’arrêta à quelques pas de lui.

« Vous avez utilisé le nom de mon frère ? »

Son visage changea.

« Quoi ? »

« Ne jouez pas avec moi. »

Keller regarda autour de lui.

Puis baissa la voix.

« Je n’ai rien envoyé. »

« Alors pourquoi êtes-vous ici ? »

Il hésita.

Cette hésitation suffit.

Laura sentit son cœur accélérer.

« Vous saviez que je serais sur ce vol. »

Keller murmura :

« Oui. »

Laura resta immobile.

Puis il sortit lentement une petite enveloppe de la poche intérieure de sa veste.

« Samuel m’a laissé quelque chose avant sa mort. »

Laura sentit le monde autour d’elle disparaître.

« Pourquoi attendre six ans ? »

Keller baissa les yeux.

« Parce que j’étais lâche. »

Il lui tendit l’enveloppe.

Sur le devant, dans une écriture qu’elle aurait reconnue n’importe où, trois mots étaient inscrits :

Pour Laura seulement.

Et sous son nom :

Si Asteron recommence.

À suivre…

Cliquez ici pour lire la suite et découvrir la fin complète 👉 PARTIE 3 — La lettre que mon frère avait cachée pendant six ans

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