PARTIE 9 – Les médecins autorisent une reprise prudente et Gideon apprend à travailler autrement

La première fois que je suis retourné sur un chantier avec l'autorisation de mon médecin, je n'ai pas touché un seul outil électrique.

J'ai vérifié des plans.

J'ai comparé des mesures.

J'ai aidé Kendra à organiser les livraisons.

À onze heures, les maux de tête ont commencé.

Je l'ai dit.

Auparavant, j'aurais essayé de tenir jusqu'à la fin de la journée.

Cette fois, j'ai rangé mes affaires.

Kendra ne m'a pas regardé avec pitié.

« Tu reviens demain si tu peux », a-t-elle dit.

Je suis rentré lentement.

Les rayons du soleil passaient entre les branches au-dessus de ma route.

Je me suis arrêté près du terrain que Betty m'avait donné.

Au bord du fossé, les premières fleurs sauvages apparaissaient.

Quand j'avais commencé la maison, je voyais surtout des obstacles.

Des pierres trop grosses.

Des racines profondes.

Une pente qu'il fallait stabiliser.

Ce jour-là, je voyais enfin le paysage.

En entrant, j'ai trouvé un message de Claire.

Une audience préliminaire avait été fixée dans l'affaire pénale concernant Richard.

Elle me rappelait qu'elle ne représentait pas le parquet et que les décisions de poursuite appartenaient aux autorités compétentes.

Elle pouvait toutefois m'aider à comprendre mes options civiles.

Je lui ai répondu que j'avais reçu l'information.

Puis j'ai appelé le service d'aide aux victimes indiqué dans les documents policiers.

Une conseillère m'a expliqué les démarches possibles.

Elle m'a parlé de notifications concernant les audiences.

De soutien psychologique.

De la manière de demander des aménagements si mes symptômes rendaient une comparution difficile.

Elle n'a pas essayé de me convaincre de pardonner.

Elle n'a pas non plus promis que la procédure réparerait ma vie.

J'ai apprécié son calme.

Le soir, Harrison est venu dîner.

Je lui ai servi une soupe de légumes et du pain grillé.

Il a examiné mon plafond pendant que nous mangions.

« Tu as réussi cette jonction », a-t-il dit.

Je lui ai demandé laquelle.

Il a montré une moulure dans l'angle de la cuisine.

« Celle-là. Tu avais voulu la refaire quatre fois. »

Je m'en souvenais.

Chaque essai me paraissait imparfait.

Harrison avait fini par m'obliger à reculer de deux mètres.

De loin, la ligne semblait droite.

De près, il y avait toujours un minuscule défaut.

« Tu ne peux pas vivre le nez contre chaque jointure », m'avait-il dit.

Nous avons ri en retrouvant ce souvenir.

Puis il est devenu sérieux.

« Tu ne peux pas vivre uniquement dans ce que Richard t'a fait non plus. »

Je me suis penché vers mon assiette.

« J'essaie. »

« Je le vois. »

Le lendemain, j'ai pris rendez-vous avec une thérapeute spécialisée dans les conséquences d'événements violents.

La première séance m'a semblé maladroite.

Je n'aimais pas parler de mon père à une inconnue.

Je n'aimais pas avouer que les portes qui claquaient me faisaient sursauter.

Mais elle ne m'a pas demandé de raconter tout mon passé en une heure.

Elle m'a demandé comment se déroulaient mes journées.

Ce que je faisais quand les souvenirs revenaient.

Si j'avais des personnes fiables autour de moi.

J'ai parlé d'Harrison.

De Kendra.

De Victoria, prudemment.

Puis de Betty.

Je n'ai pas pleuré avant de prononcer son nom.

J'ai expliqué qu'elle m'avait légué deux acres que personne ne voulait.

Qu'elle avait toujours compris mon besoin de faire quelque chose avec mes mains.

Et qu'après sa mort, j'avais confondu la construction d'une maison avec la conquête de ma place dans la famille.

La thérapeute a laissé un silence.

« Vous aviez déjà une place », a-t-elle dit. « Ce n'était pas à vous de mériter d'être traité correctement. »

Je n'ai pas trouvé cela miraculeux.

Les phrases, même justes, ne reconstruisent pas les habitudes d'une vie.

Mais je l'ai écrite plus tard dans mon carnet.

Le samedi, je me suis rendu chez le pépiniériste.

J'ai choisi deux jeunes pommiers adaptés au climat de la région.

Je les ai chargés avec l'aide d'un employé.

Chez moi, j'ai attendu Harrison pour les planter.

Je pouvais creuser un peu.

Pas trop longtemps.

Nous avons mesuré l'espacement.

Vérifié l'écoulement de l'eau.

Puis nous avons posé les racines en terre.

Lorsque j'ai commencé mes fiches pour les apprentis, je me suis aperçu que je n'avais jamais expliqué mes méthodes par écrit.

Je les montrais.

Je corrigeais un geste.

Je prenais une planche et je recommençais.

Sur le papier, tout paraissait plus difficile.

J'ai rédigé une page sur les charges et les appuis.

Puis une autre sur les vérifications avant de couper.

J'ai apporté le dossier à Harrison.

Il a chaussé ses lunettes.

Il a lu lentement.

Au milieu de la deuxième page, il a pris un crayon.

« Là, tu utilises un mot que les nouveaux ne comprendront pas. »

Je lui ai demandé lequel.

Il en a entouré trois.

J'ai ri.

Il m'a dit de dessiner davantage.

Nous avons passé l'après-midi à simplifier les explications.

Je me suis souvenu de la patience qu'il avait eue avec moi.

À l'époque, je voulais construire vite.

Je prenais les conseils pour des critiques.

Il me laissait parfois recommencer une pièce mal coupée.

Puis il demandait ce que j'avais appris.

Aujourd'hui, je comprenais mieux son calme.

Il ne cherchait pas à me faire honte.

Il voulait que je puisse un jour me passer de lui.

Cette idée était le contraire de ce que Richard appelait l'aide familiale.

Richard voulait rester indispensable.

Harrison voulait me voir devenir autonome.

J'ai terminé la fiche et l'ai envoyée à Kendra.

Elle l'a utilisée lors d'une réunion d'équipe.

Un jeune apprenti m'a écrit pour demander une précision.

Je lui ai répondu avec un croquis.

Il m'a remercié.

Je n'avais pas soulevé une seule poutre ce jour-là.

Pourtant, j'avais contribué à ce que quelqu'un travaille plus sûrement.

Je suis allé me coucher avec une fatigue douce.

Et aucun besoin de me justifier.

À la deuxième séance de formation, j'ai demandé aux apprentis de noter une question qu'ils n'osaient pas poser.

Les papiers sont revenus pliés.

Certains craignaient de ralentir l'équipe.

D'autres avaient peur qu'on se moque d'eux.

Je leur ai expliqué qu'une question posée avant une erreur coûte moins cher qu'une réparation.

Nous avons discuté tranquillement.

Je n'ai pas oublié le sentiment d'être celui qu'on rabaisse devant les autres.

Le geste était simple.

Il ne devait rien à Richard.

Il n'avait besoin d'aucun témoin.

À la fin de la journée, j'ai pris une photo des deux jeunes arbres.

Je l'ai envoyée à Kendra.

Elle a répondu :

« Enfin un chantier sans retard de livraison. »


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Victoria interrompt sa propre réception pendant que les secours prennent Gideon en charge

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