PARTIE 6 – Kendra retrouve un ancien témoin et Gideon doit distinguer ses souvenirs des preuves

Derek n'est pas venu chez moi.

Il n'a pas appelé pour s'excuser.

Il a envoyé un courriel à Claire.

Dans son message, il reconnaissait être entré sur le chantier sans autorisation un soir où je ne travaillais pas.

Il disait avoir accepté de « faire peur » à Gideon.

Il niait pourtant avoir détruit les fenêtres ou abîmé les conduites.

Et il refusait de préciser qui lui avait donné cet ordre.

Claire m'a lu le message mot pour mot.

Je me suis souvenu de la masse près de la chaudière.

Du rire de Derek.

Et de sa phrase sur les deux mille dollars.

Mais je n'avais pas enregistré cette conversation.

J'avais seulement pris des notes plus tard dans mon journal de chantier.

« Est-ce que ça suffit ? » ai-je demandé.

« Ça peut être utile », a-t-elle répondu. « Ce n'est pas une preuve complète de toutes les dégradations. Et les règles sur les délais varient. Nous allons examiner ce qui peut encore être poursuivi. »

J'ai eu envie de frapper le bureau.

Pas parce qu'elle était injuste.

Parce qu'elle ne pouvait pas me promettre ce que je voulais entendre.

Des années auparavant, j'avais préféré réparer les dégâts et continuer.

Cette décision avait permis à ma maison de naître.

Elle avait aussi laissé des zones d'ombre dans mon dossier.

Claire m'a demandé de rassembler mes notes d'époque.

Je suis rentré et j'ai ouvert les classeurs de construction.

Il y avait des photos du coffrage.

Des factures de location de bétonnière.

Des bordereaux de livraison de fenêtres.

Des devis de plomberie.

Et un cahier taché d'huile où j'avais écrit chaque journée de travail.

À la page d'un mardi de janvier, j'ai retrouvé une phrase :

« Derek surpris près de chaudière avec masse. Dit avoir été payé par R. Aucune dégradation constatée sur place ce soir. »

J'ai fermé les yeux.

Je m'étais souvenu de la scène comme d'un sabotage presque accompli.

Le cahier disait autre chose.

J'avais eu peur.

J'avais entendu une menace.

Mais ce soir-là, je n'avais constaté aucun nouveau dommage.

C'était important de le reconnaître.

J'ai photographié la page et l'ai envoyée à Claire.

« Mon souvenir était plus accusateur que ma note », ai-je écrit.

Elle m'a répondu presque immédiatement.

« Merci de le signaler. C'est exactement pour cela qu'on vérifie les documents contemporains. »

Deux jours plus tard, Harrison m'a accompagné chez un spécialiste pour mes vertiges.

Le médecin a examiné mon équilibre et posé plusieurs questions sur le sommeil.

Il m'a proposé un suivi progressif.

Je devais éviter de reprendre trop vite les activités risquées sur chantier.

En sortant, Harrison m'a proposé des œufs au restaurant près de la station-service.

J'ai accepté.

Il a commandé le plat le plus simple.

Puis il a demandé :

« Qu'est-ce que tu veux faire de ton frère ? »

J'ai regardé les traces de café sur ma tasse.

« Je ne sais pas. »

« C'est une réponse valable. »

« J'ai envie qu'il comprenne. Mais je ne veux plus lui expliquer la même chose pendant vingt ans. »

Harrison a découpé son pain.

« Alors ne commence pas aujourd'hui. »

Nous avons parlé d'autre chose.

De son ancien atelier.

De la manière dont les prix du bois avaient évolué.

D'un arbre malade près de sa clôture.

Ce repas m'a fait plus de bien qu'une heure de discours.

Le samedi, Gregory a appelé de nouveau.

Il demandait si je pouvais écrire une déclaration affirmant que je n'avais pas peur de Richard.

« Ce serait utile pour la procédure », a-t-il dit.

J'ai serré mon téléphone.

« Mais j'ai peur de lui. »

Gregory s'est tu.

« Il n'était pas comme ça avant. »

J'ai pensé à toutes les fois où Richard avait crié sans frapper.

Aux cadeaux qu'il avait retirés pour punir mes refus.

Aux repas où je m'étais excusé d'avoir réussi quelque chose.

« Peut-être que tu ne l'as jamais vu avec moi », ai-je répondu.

Il a murmuré qu'il était désolé.

Puis il a raccroché.

Je n'ai pas su s'il regrettait sa demande ou les années pendant lesquelles il avait détourné les yeux.

Le lendemain, j'ai reçu un message de Kendra.

Elle avait retrouvé l'ancien employeur de Derek.

Il se souvenait de réparations inhabituelles autour de la période du sabotage supposé.

Il acceptait de chercher les archives de paie et les feuilles d'intervention.

Rien ne garantissait qu'elles existeraient encore.

Mais quelqu'un d'autre faisait enfin l'effort de vérifier.

En fin de journée, j'ai ouvert le placard de mon entrée.

J'ai pris mon ancien mètre pliant.

Il portait une trace de peinture verte.

Harrison a retrouvé un ancien album de photographies dans son grenier.

Il contenait plusieurs images de la première année de chantier.

Sur l'une d'elles, j'étais debout dans la boue avec une pelle.

Mon manteau était trop mince pour la saison.

J'avais un sourire immense.

Sur une autre, trois collègues portaient une poutre pendant que je vérifiais le niveau.

Je m'étais souvenu avoir presque tout fait seul.

Les images me rappelaient ceux qui étaient venus m'aider.

J'ai appelé deux de ces collègues.

L'un vivait désormais à plusieurs heures de route.

L'autre avait changé de métier.

Ils m'ont raconté leurs souvenirs.

Une journée où la bétonnière était tombée en panne.

Une autre où nous avions mangé sous un bâche pendant l'orage.

Personne n'a parlé de Richard avant que je mentionne le mariage.

Ils connaissaient déjà l'affaire.

J'ai senti ma gorge se serrer.

Je leur ai dit que je n'avais pas envie de revivre la scène.

Ils ont respecté ma demande.

Nous avons plutôt parlé du toit.

Des fenêtres.

Du parquet en chêne que nous avions récupéré dans un ancien bâtiment.

Après les appels, j'ai regardé la maison autrement.

Elle portait mes choix.

Mais aussi les traces de plusieurs amitiés.

Je n'avais pas besoin de prétendre être un héros solitaire.

Le samedi suivant, j'ai envoyé une photographie à chacun d'eux.

J'ai écrit :

« Merci d'avoir été là pendant la construction. »

Les réponses sont arrivées rapidement.

L'un m'a demandé si j'avais encore la vieille cafetière du chantier.

Je l'avais gardée.

Elle fuyait toujours.

Nous avons ri au téléphone.

Pendant quelques minutes, le passé n'a pas eu le goût de la peur.

Dans l'album, une photographie montrait Harrison devant la charpente avec un morceau de craie derrière l'oreille.

Il avait oublié cette journée.

Je lui ai rappelé qu'il avait renversé son café sur les plans.

Il a protesté.

« C'était la faute du vent. »

Nous avons ri jusqu'à ce qu'il tousse.

Puis il a dit que ces souvenirs valaient la peine d'être conservés.

J'ai décidé de faire tirer quelques images pour mon atelier.

Betty l'avait trouvé dans une boîte de matériel de son mari et me l'avait donné quand j'avais quinze ans.

« Pour mesurer ce que tu construiras », avait-elle dit.

J'ai mesuré la longueur de mon étagère inachevée.

Je n'ai pas sorti la scie.

Je me suis seulement assuré que le bois était toujours droit.

C'était un petit geste.

Mais pour la première fois depuis le mariage, j'ai pensé à l'avenir sans imaginer Richard dedans.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 7 : Sylvia essaie de protéger Richard et découvre que ses excuses ne suffisent plus

Story Parts

Victoria interrompt sa propre réception pendant que les secours prennent Gideon en charge

Part 6 of 16

Previous: Part 5
Next: Part 7

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *