PARTIE 7 – Sylvia essaie de protéger Richard et découvre que ses excuses ne suffisent plus

Ma mère est venue un mardi.

Elle avait téléphoné avant, ce qui était déjà inhabituel.

J'avais accepté de la recevoir sur la terrasse, pendant une demi-heure.

Harrison se trouvait dans son atelier à quelques minutes.

Je lui avais dit où j'étais.

Sylvia portait un manteau crème et tenait un sac de pâtisseries.

Elle l'a posé sur la table extérieure.

« Tu as maigri », a-t-elle déclaré.

Je n'ai pas répondu.

Elle a regardé les vitres neuves de la porte et la caméra fixée près du toit.

« Toute cette sécurité, c'est vraiment nécessaire ? »

« Oui. »

Elle a pincé les lèvres.

« Richard a compris qu'il était allé trop loin. »

« Il a dit ça ? »

Elle a baissé les yeux.

« Il regrette que tu sois tombé. »

J'ai attendu.

« C'est tout ? »

« Gideon, il a perdu le contrôle pendant quelques secondes. »

« Il a pris un objet lourd. Il m'a frappé à la tête. Et quand je suis tombé, il a dit que je l'avais mérité. »

Sylvia a tiré une chaise.

Je lui ai demandé de rester debout si elle ne comptait pas écouter.

Elle s'est figée.

« Tu me parles comme à une étrangère. »

« Je te parle comme à quelqu'un qui était là. »

Elle a glissé une main dans son sac.

Elle en a sorti une enveloppe.

À l'intérieur, il y avait une carte écrite de la main de Richard.

Quelques lignes.

Il disait qu'il était désolé que la soirée ait « mal tourné ».

Il regrettait la « confusion ».

Il espérait que nous pourrions « mettre cette erreur derrière nous ».

Aucune phrase ne mentionnait le coup.

Ni la maison.

Ni les papiers de Tristan.

J'ai remis la carte dans l'enveloppe.

« Tu peux la reprendre. »

Sylvia a rougi.

« Tu refuses même ses excuses ? »

« Ce n'est pas une excuse qui reconnaît ce qu'il a fait. »

Elle a respiré lentement.

Puis elle a dit :

« Ton frère a vraiment besoin de toi. »

J'ai presque ri.

« Nous parlons encore de ma maison ? »

« Pas nécessairement de la maison. Peut-être simplement d'un prêt. Tu as de la valeur nette. Tu pourrais l'aider sans rien lui donner définitivement. »

Je l'ai regardée comme si elle venait de parler dans une autre langue.

Elle avait traversé la ville.

Acheté des pâtisseries.

Préparé un petit discours sur les regrets.

Et tout cela pour revenir à la même demande.

« Non », ai-je dit.

Elle a fermé les yeux.

« Tu es inflexible. »

« Je suis propriétaire. Et je refuse d'engager ma maison pour l'entreprise de Tristan. »

« Tu n'as pas de femme, pas d'enfants. »

La phrase est tombée entre nous.

Elle l'avait déjà utilisée autrefois.

Comme si le fait de vivre seul rendait mes besoins provisoires.

« Ma vie compte même sans mariage », ai-je répondu.

Elle a baissé la tête.

Un long silence a suivi.

Puis elle a parlé d'une voix plus faible.

« Ton père m'a dit que si Tristan échouait, tout le monde penserait que nous avions mal élevé nos enfants. »

J'ai senti la colère reculer un instant.

Derrière ses reproches, il y avait cette vieille peur du regard des autres.

Une peur qui avait occupé tant de place chez nous.

Les bonnes notes de Tristan étaient des trophées.

Mes heures de chantier étaient des preuves d'ambition déplacée.

Les erreurs de Tristan devaient être cachées.

Les miennes devaient être racontées à table.

« Vous n'avez pas à sacrifier un enfant pour sauver l'image de l'autre », ai-je dit.

Sylvia a essuyé ses yeux.

« Je ne sais pas comment réparer ça. »

« Commence par arrêter de me demander de payer le prix. »

Elle a repris l'enveloppe.

Avant de partir, elle a demandé si elle pourrait rappeler.

« Pour prendre de mes nouvelles, oui. Pas pour négocier la maison. »

Elle a acquiescé.

Je n'ai pas su si elle tiendrait cette promesse.

Au portail, elle s'est retournée.

« Tu sais que je t'aime ? »

J'ai répondu avec une vérité que je n'avais jamais osé lui dire.

« Je le sais parfois. Mais je ne me suis pas souvent senti protégé par cet amour. »

Elle est restée longtemps immobile.

Puis elle est montée dans sa voiture.

Après son départ, j'ai apporté les pâtisseries à Harrison.

Il a ouvert le paquet.

« Bonnes ? »

« Je ne sais pas. »

Après la visite de Sylvia, j'ai trouvé son paquet de pâtisseries encore fermé.

Je l'avais laissé sur le comptoir sans y penser.

Harrison m'a proposé de les partager.

Nous avons fait du café.

Il a posé deux assiettes sur la table.

Je lui ai raconté une scène de mon enfance.

Tristan avait cassé une fenêtre en jouant au ballon.

Richard avait immédiatement supposé que c'était moi.

J'avais expliqué que je n'étais même pas dans le jardin.

Personne ne m'avait cru.

Plus tard, Tristan avait avoué.

Mais Richard avait déclaré que j'aurais dû le surveiller.

Harrison m'a demandé ce que j'avais ressenti.

J'ai répondu que j'avais surtout appris à ne pas discuter.

« Et aujourd'hui ? »

« Aujourd'hui, je discute trop dans ma tête », ai-je dit.

Chaque conversation avec Sylvia se rejouait pendant des heures.

J'imaginais de meilleures réponses.

Des phrases qui l'auraient enfin convaincue.

Harrison a croqué dans un biscuit.

« Elle a entendu ce que tu as dit. Le reste lui appartient. »

Je n'avais pas envie d'admettre qu'il avait raison.

Il était plus simple de me croire responsable de tout arranger.

Nous avons terminé le café.

Puis nous sommes sortis marcher le long du chemin.

Je lui ai montré l'emplacement prévu pour un banc.

Il a conseillé de le décaler pour profiter de l'ombre.

Nous avons mesuré à grands pas.

C'était une conversation ordinaire entre deux personnes qui aimaient construire.

Je me suis surpris à sourire.

Mon père n'avait pas besoin d'approuver la place de ce banc.

Ma mère non plus.

Et pourtant, je pouvais encore aimer les souvenirs heureux que j'avais d'eux.

La distance n'effaçait pas toute une enfance.

Elle m'aidait à la regarder sans recommencer à céder.

Avant de partir ce jour-là, j'ai nettoyé la terrasse.

Le sac de Sylvia était vide.

Les assiettes avaient été lavées.

Je n'avais plus de raison de rester dehors à rejouer ses phrases.

J'ai ouvert l'atelier et regardé la pièce de chêne en attente.

Elle finirait par devenir une étagère.

Pas aujourd'hui.

Mais bientôt.

Je commençais à comprendre qu'un projet différé n'était pas un projet perdu.

Il a goûté la première.

« Alors elles au moins n'ont rien à voir avec le dossier. »

J'ai fini par rire.

Ce soir-là, j'ai noté dans mon carnet que ma mère avait essayé de présenter les regrets de Richard.

J'ai aussi noté qu'elle avait demandé un prêt pour Tristan.

Je voulais me souvenir des deux choses.

Pas seulement de celle qui arrangeait ma colère.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 8 : L’enquête progresse tandis que Tristan découvre que personne ne peut lui promettre la maison

Story Parts

Victoria interrompt sa propre réception pendant que les secours prennent Gideon en charge

Part 7 of 16

Previous: Part 6
Next: Part 8

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *